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GAZpillage
Cécile de Schoutheete  •  14 janvier 2016  •  Nucléaire  •  Energies fossiles

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L’Echo du 31 décembre annonçait l’intention de la ministre Marghem de subsidier les centrales au gaz pour leur permettre de tenir le coup jusqu’à la sortie du nucléaire en 2025. Petit éclairage sur un des effets néfastes (de plus) de la prolongation de nos vieux réacteurs nucléaires.

Notre approvisionnement électrique est en pleine mutation entre un système basé sur des grosses unités de production centralisées inflexibles comme le nucléaire et une production décentralisée, intermittente basée sur les renouvelables. Actuellement, les centrales au gaz se trouvent « prises en sandwich » entre les deux et tournent de moins en moins. Ces centrales souffrent par ailleurs d’un différentiel défavorable entre le prix d’achat du gaz et le prix de vente d’électricité, contrairement au charbon. L’essor du gaz de schiste aux Etats-Unis a diminué la demande de charbon et fait chuter les prix. Le marché du carbone moribond ne permet pas de corriger le prix avantageux de l’énergie fossile la plus polluante. Depuis plusieurs années, les centrales au gaz, même modernes et performantes, connaissent par conséquent d’importants problèmes de rentabilité un peu partout en Europe [1].

Chez nous, le retour sur le réseau aussi bien des réacteurs « fissurés » Doel 3 et Tihange 2 que de nos plus vieux réacteurs Doel 1 et Doel 2 enfonce le dernier clou dans le cercueil de nos centrales à gaz.

Or ces centrales, très flexibles, sont nécessaires pour assurer la sécurité d’approvisionnement lorsque le vent tombe et que le soleil ne brille pas et seront indispensables quand notre pays sortira du nucléaire entre 2022 et 2025, c’est-à-dire demain pour le secteur énergétique.

La ministre Marghem envisage donc de maintenir ces centrales en vie artificielle à coup de subsides. Le consommateur payera donc 2 fois pour la prolongation du nucléaire : pour la remise à niveau de Doel 1 et 2 (700 millions d’euros) et pour soutenir le gaz.

C’est le prix à payer pour que la lumière ne s’éteigne pas me direz-vous. Même pas !
Comme l’ont confirmé des études de la CREG et du gestionnaire de réseau de transport Elia [2], Doel 1 et 2 ne sont pas nécessaires pour assurer la sécurité d’approvisionnement les hivers prochains. « Pour les sensibilités où Doel 3 et Tihange 2 sont disponibles, il n’y a pas besoin de réserve stratégique » note Elia dans son rapport [3] sur la sécurité d’approvisionnement présenté à la ministre avant la décision de prolonger Doel 1 et 2.

De tous côtés la décision de prolonger Doel 1 et 2 pose problème : indisponibilité record de nos centrales nucléaires [4]
et problèmes en conséquence pour la sécurité d’approvisionnement, avis négatif du Conseil d’Etat sur le mécanisme de financier de la prolongation de Doel 1 et 2 qui s’apparente à des aides d’Etats illégales, inquiétude des pays voisins, incertitudes juridiques [5]
et bien sûr risques accrus d’accidents nucléaires, augmentation des déchets nucléaires…

Jusque quand le gouvernement Michel s’enterra-t-il dans cette aberration ?


[2CREG, Etude concernant « La réserve stratégique et le fonctionnement du marché au cours de la période hivernale 2014 -2015 », septembre 2015
Elia, « Etude relative à la sécurité d’approvisionnement pour la Belgique. Besoin de réserve stratégique pour l’hiver 2016-2017 », novembre 2015

[3Ibidem p. 69

[5Greenpeace a déposé une plainte devant le Conseil d’Etat le 30 novembre 2015 http://www.greenpeace.org/belgium/fr/presse/Greenpeace-depose-plainte-au-Conseil-dEtat-contre-la-prolongation-de-Doel-1--2/
IEW et BBL ont introduit un recours en devant la Cour constitutionnelle le 5 janvier 2016 http://www.iew.be/spip.php?article7560



 
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