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La cerise du ministre-président sur le gâteau de nos 40 ans
Christophe Schoune, Secrétaire général  •  20 janvier 2016

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A 40 ans, il faut ouvrir sa fenêtre de l’autre côté”, disait Jules Renard. Changer l’angle de vision vers de nouveaux champs d’action en faveur de l’environnement ? C’est en somme le pari et les voeux 2016 adressés aux pouvoirs publics par notre fédération, entrée depuis peu dans l’âge de raison [1] !

Depuis 40 ans, “la situation s’est objectivement degradée”, rappelle Dominique Bourg, professeur à l’université de Lausanne et vice-président de la Fondation Hulot [2]. “Si l’on s’en tient aux deux grandes entrées systémiques que sont la biodiversité et le cycle du carbone, on mesure combien le système Terre est en train de basculer. Entre 1970 et 2010, la moitié de la population de mammifères, d’oiseaux, de poisons, d’amphibiens et de reptiles a disparu à l’échelle mondiale…” Et le bulletin de santé des insectes et pollinisateurs n’est guère plus brillant.

Avant de changer l’angle de vision, il conviendra de soigner la cécité persistante d’une une bonne partie de nos gouvernants face à la gravité de l’état de l’environnement.
Cantonnée dans les marges, la préservation de la nature fait pâle figure dans l’agenda politique. Etrange paradoxe dans une région dont l’atout principal réside précisément dans la beauté et la richesse de son patrimoine naturel ! Quel ministre osera clamer que préserver la vie et engager des politiques ambitieuses en ce sens est un corrollaire indispensable à toute politique socio-économique soucieuse du “redéploiement wallon” ?

Il n’est pas moins inquiétant de constater qu’aucune politique publique relative aux changements climatiques, qu’elle soit européenne et a fortiori belge ou wallonne, n’est à ce jour en mesure de rencontrer la portée de l’accord universel de Paris de limiter à 1,5° l’élévation des températures à l’échelle du globe. Certes, l’ambition est fraîche et brille dans le brouillard des intentions publiques face à ce défi. Mais gare aux illusions d’optique ! Il ne suffit pas d’observer une étoile pour gagner la Terre promise. La vision, en la circonstance, devra être puissante et s’adosser à un courage politique inédit.

On brûle, sur ce plan, de prendre au mot le Ministre-président Paul Magnette qui, à l’issue de la Cop21, déclarait : “Il reste beaucoup de travail à faire. En Wallonie, notamment, il faut créer l’engouement” Chiche, Paul ! Ce vendredi 15 janvier 2016, une occasion majeure de jeter les bases de cet engouement peut être servie sur un plateau à l’aréopage wallon : ministres, députés, directeurs d’administration, caciques, patrons d’entreprises, leaders syndicaux, responsables académiques et d’associations se presseront pour goûter à ces voeux durables au château de La Hulpe.

L’oubli de l’environnement, lors l’édition 2015, ne serait plus qu’un vague souvenir. Et on se prendrait à rêver à la lecture du possible menu planétaire. En guise d’apéro, le film “Demain” [3] est projeté dans le grand salon lambrissé. Solutions citoyennes, champ d’action large : un autre monde est possible. Applaudissements face à tant de créativité et d’inspiration citoyenne ou entrepreneuriale. Le local est au goût du jour, les saveurs sont décarbonées, Paris est à notre portée…

Le plan “EcoMarshall” est ensuite annoncé par le maître de cérémonie. La noria de serveurs s’active. Sur les plateaux, les verrines exhalent des ingrédients inconnus servis sur un canapé de résilience : priorité aux investissements publics faibles en carbone ou à l’économie circulaire ; objectif 100 % d’énergies renouvelables en 2050 ; réforme environnementale et sociale de la fiscalité automobile régionale ; suppression des subventions au secteur aérien ; abolition de tout nouveaux projet autoroutier ; priorité aux investissements utiles pour le rail ; augmentation de la dotation des transports publics ; triplement des moyens consentis aux conservatoires naturels ; nouveaux mécanismes de soutien pour transformer le modèle agricole ; réhabilitation du budget consacré à la rénovation du parc immobilier sur base de critères sociaux et environnementaux ; mise en place de nouvelles dynamiques de participation citoyenne au bénéfice des collectivités territoriales…

N’en servez plus ? Et voilà, en guise de surprise du chef, la réforme de la concertation sociétale ! Les groupes majeurs de la société civile siégeront bientôt aux côtés des partenaires sociaux afin de relier les enjeux écologiques et socio-économiques auxquels notre région doit faire face en s’inspirant du modèle français. C’est au-delà de ce qui avait été annoncé dans la presse, mais la griserie incite à l’audace.

Coup double, ce menu inédit réconcilierait les actes au plaidoyer tenu ces derniers mois par le ministre-président : “A la fin de des golden sixties, la gauche réformiste est passée largement à côté d’une transformation sociologique majeure, celles que les mouvements sociaux et écologiques de mai 68 ont incarnée. Avec le recul, cet échec apparaît en grande partie responsable de notre incapacité à apporter des vraies réponses aux défis poses par la crise du keynésianisme dans les années septante et quatre-vingt. Il nous appartient de ne pas commettre à nouveau ces erreurs… [4]

Rêver, c’est déjà ça”, nous dit Souchon. Placer les Wallonie sur les rails de Paris serait à l’évidence la plus belle cerise sur notre gâteau d’anniversaire. Celui-ci sera partagé lors d’un autre repas festif , le 29 janvier à Namur, dans la foulée de l’Université d’IEW. Une belle occasion, aussi, “d’ouvrir la fenêtre par l’autre côté” pour faire face, sans détour, à un des plus grands défis de notre temps.


[1Université IEW spéciale 40 ans : “la Planète à Coeur, quel sens donner à nos engagements ?”, le 29 janvier 2016 au Palais des crongrès de Namur. Programme et inscription.

[2Interview dans “Imagine demain le monde”, janvier-février 2016, p. 30 et 31

[3Film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, en salle actuellement.

[4Carte blanche : “La grande transformation de la gauche européenne”, journal “Le Soir”, 5 octobre 2015.



 
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