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Lionel Delvaux  •  16 juin 2008  •  Energies renouvelables  •  Agrocarburant / biocarburant

Alors que les politiques wallons se réjouissaient de l’inauguration du site de Biowanze, une nouvelle étude démontre que les agrocarburants contribuent à la production de gaz à effet de serre. Avec au final un bilan écologique désastreux et un bilan économique plus que négatif !

Une nouvelle étude publiée par les Amis de la Terre Royaume-Uni démontre combien le bilan des agrocarburants est dommageable en terme d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

L’étude réalisée au Royaume-Uni par le cabinet de consultants Scott Wilson Group se révèle très critique sur le bilan des agrocarburants. Contrairement aux études réalisées par le gouvernement anglais, celle-ci inclut les impacts induits par le changement d’occupation des sols et le bilan passe alors de 2,5 millions tonnes de GES économisé à des émissions estimées prudemment à 1,3 million tonnes... Au Royaume-Uni, les agrocarburants sont issus principalement de soja du Brésil et d’Argentine. Dans ces pays, l’expansion colossale des agrocarburants nécessite de nouvelles terres venant directement de la destruction d’écosystèmes naturels (forêts tropicales, forêts sèches, etc.) ou repoussant indirectement d’autres productions vers ces milieux en utilisant notamment les terres destinées à l’élevage extensif. Or, ces écosystèmes stockent d’énormes quantités de carbone et leur transformation en champs d’agrocarburants libère le carbone stocké dans les sols et la biomasse, aggravant ainsi l’effet de serre. Une étude gouvernementale, la Gallagher review avait déjà identifié cet impact majeur des agrocarburants, rendant leur bilan climatique négatif.

En prenant en compte cet effet de substitution de manière prudente - 10 % de changement d’affectation des sols - , l’étude des Amis de la Terre Royaume-Uni démontre que les agrocarburants contribueront de facto à aggraver la crise climatique ! Les effets réels sont probablement pires encore, que ce soit en terme d’émissions de GES mais aussi d’impacts sur la biodiversité et sur les écosystèmes, avec le recours massif aux pesticides qu’il faut imputer à ces cultures.

Contrairement à nos voisin anglais, la Belgique a une politique nettement plus protectionniste et la majorité des agrocarburants qui seront introduit demain dans nos moteurs proviendront de filières "locales". Une production locale qu’il faut entendre avec un esprit plutôt critique car le développement de cette filière, gourmande d’huile végétale, a d’ores et déjà modifié notre consommation alimentaire. Ainsi, l’huile de palme remplace aujourd’hui l’huile de Colza dans notre alimentation, le colza étant réservé prioritairement à nos moteurs grâce en raison de la fiscalité avantageuse favorisant cet usage. Outre l’hérésie en terme de santé publique d’une telle politique, l’évolution de nos importations d’huile de palme (il y a une substitution quasi complète en moins de 6 ans...) montre combien les effets de substitution sont bien réels : l’introduction d’huile de colza dans nos moteurs se fait au détriment des forêts tropicales et équatorienne. ..

Mais passons aux productions à bases de céréales.

L’étude de référence - la Gallagher review - évalue l’efficacité énergétique de cette filière, au Royaume-Uni, à 28 % ce qui en fait l’une des filière les plus inefficientes, juste après celle de la betterave.
Un addendum récent à cette étude met également en évidence le temps qu’il faudra pour récupérer les émissions de carbone induite par les changements d’affectation qui ont lieu ailleurs dans le monde en raison de cette utilisation nouvelle de nos céréales : entre 72 et 123 ans quand les cultures remplacent des prairies et entre 293 et 514 ans quand elle se font au détriment des forêts.

Mais la production d’agrocarburant en Wallonie est nettement plus efficiente d’après ses promoteurs : l’efficacité énergétique atteindrait ainsi les 70 %. Ce chiffre avancé par Biowanze sans aucun contrôle mais s’explique partiellement par une opération de pass-pass : plutôt que de brûler du pétrole afin de distiller l’éthanol produit, on utilisera les enveloppes de céréales - le son. Et cette utilisation d’énergie renouvelable pour produire de l’énergie renouvelable bénéficiera largement des certificats verts... Avec un tel raisonnement, demain, la CREG pourra proposer à la centrale de Coo des certificats verts pour remplir un barrage à partir d’électricité éolienne et une seconde fois pour produire l’électricité en relâchant l’eau... En attendant, ce tour de pass-pass rapportera un peu plus de 28 millions d’euros à Biowanze. Une somme insuffisante pour rendre le procédé compétitif avec les autres agrocarburants puisqu’il faudra encore imposer l’introduction de ces agrocarburants à la pompe pour assurer les marchés.

Malgré des procédés d’avant-garde et un financement de l’investissement via les certificats verts, le gouvernement fédéral devra donc encore y aller de sa poche et peut-être de celle du consommateur pour imposer aux distributeurs l’incorporation d’agrocarburant à la pompe. Le seuil d’incorporation obligatoire a été fixé à 4 % par le fédéral sans qu’un mécanisme fiscal précis n’ait encore été adopté. A priori, seuls les agrocarburants produits en Belgique et agréés pourraient bénéficier de la suppressions des accises. En cas de non incorporation, le gouvernement pourrait également s’attendre une taxe spécifique à destination des distributeurs.

Biowanze, un procédé innovant ? Au vu des conditions nécessaires à assurer sa rentabilité, l’on peut se poser la question de l’innovation, à moins que nos gouvernants ne confonde compétitivité et gourmandise des actionnaires. Sans se doter des outils pour assurer ce contrôle, c’est une confusion plus que probable, surtout quand on sait que l’industrie sucrière est l’un des secteurs assurant habituellement les meilleurs retours sur investissement.

Mais demain, qu’adviendra-t-il si le cours des céréales devait flamber comme l’année passée ? Ou si le prix du pétrole devait rester un peu trop bas ? Continuera-t-on une telle gabegie financière, écologique et sociale ?

Voir aussi : Inauguration de BioWanze : pas de quoi se réjouir...