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Investir dans l’intermodalité
Juliette Walckiers  •  22 février 2018  •  Mobilité

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Un plan wallon d’investissements ambitieux 2019-2024 et un pacte national d’investissements stratégiques ont tous deux été annoncés en ce début d’année. Après des années d’austérité budgétaire encouragée par la politique européenne, il semblerait que les pouvoirs publics ont décidé de changer de cap. Investir pour relancer l’économie, peut-être. Investir pour répondre aux défis sociétaux qui nous font face, certainement. Voici une proposition illustrée en matière de mobilité.

Pourquoi investir dans la mobilité ?

  • Les émissions polluantes issues du secteur du transport routier en Belgique provoquent chaque année la mort d’environ 2.400 personnes (en Wallonie, les transports ont émis 14.3% des PM2.5 et 51% des NOx – chiffres 2012)
  • Les accidents routiers en Belgique ont engendré en 2015 plus de 15.000 victimes : 326 décédés 30 jours et 15.164 blessés
  • Le secteur des transports est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre (GES) en Wallonie (25% des émissions). La législation européenne (ESR) impose une réduction de l’ordre de 35% d’ici à 2030 pour les secteurs non industriels

- > Ces constats sont sans appel : un changement de paradigme au niveau de la mobilité wallonne est attendu. Cela passe d’une part par une maîtrise de la demande de déplacements et d’autre part par une réduction de l’usage auto-soliste de la voiture au profit des solutions de mobilité moins impactantes pour l’environnement et plus efficaces tant d’un point de vue social qu’économique.

Pourquoi investir dans l’intermodalité ?

Notre système de mobilité dominé par l’utilisation de la voiture particulière a montré ses limites (congestion) et a engendré de nombreux impacts négatifs (pollution, accidents, dérèglement climatique). La voiture, qui semblait la solution magique en matière de déplacements, doit donc laisser la place à d’autres solutions. A défaut d’une solution magique alternative (cfr mythe de la voiture électrique : http://www.iewonline.be/voiture-electrique-voiture-verte-pas-vraiment), c’est par une combinaison d’autres solutions de déplacements que nous devons passer. Effectivement, l’aménagement de notre territoire et nos habitudes de vie impliquent pour la plupart des wallons de nombreux et parfois longs déplacements. Des changements sont nécessaires et attendus pour réduire nos besoins de déplacements quotidiens, mais les résultats seront lents et progressifs. Il est donc utile de mettre en place les conditions pour rendre au plus vite nos déplacements quotidiens plus durables et confortables pour tous. Réduire l’usage de la voiture particulière ne doit pas devenir un parcours du combattant pour les millions de Wallons que nous sommes. Nous avons un riche patrimoine ferroviaire, un opérateur de transport public wallon présent sur l’ensemble du territoire, des vélos dans presque toutes les maisons de Wallonie et pour une grande majorité d’entre nous, des jambes en état de marche : alors, combinons tout cela de manière pertinente ! Chaque mode de déplacement a son échelle de pertinence. Si on regarde le critère principal de la distance : la marche pour les déplacements de 1 à 3 km, le vélo, 3 à 7 km, le bus, 5 à 15 km et le train pour les plus longues distances. Bien entendu, les vélos électriques permettent de réaliser des distances quotidiennes de plus 10 km ; le bus et le train peuvent-être utiles pour quelques kilomètres seulement, etc. En tout cas, si on parvient à combiner ces solutions, c’est sûr, on a LA solution à tous nos déplacements ! L’intermodalité !

Un système de mobilité basé sur l’intermodalité demande-t-il des investissements publics importants ? D’abord, il faut que chaque mode de déplacement, pris isolément, soit performant et praticable : bon état de l’infrastructure et du matériel roulant ferroviaire, priorité dans l’espace public et confort des bus, trottoirs continus et traversées piétonnes sécurisées, cheminements et stationnements vélos sécurisés. Ensuite, il faut organiser leur complémentarité et leur intégration. Cela passe en premier lieu par des choix en termes d’organisation des transports publics, favorisant l’intégration horaire (lisez ici) et tarifaire des services. Ensuite, il faut effectivement investir dans l’aménagement d’espaces qui favorisent la connexion entre les modes de déplacements.

Comment investir dans l’intermodalité ?

Investir dans des unités multimodales ou plateformes d’échanges fait partie des priorités reprises dans les plans d’investissements annoncés par nos gouvernements. Voici donc, en images [1], de quoi les inspirer.

A gauche, le quai train couvert. A droite, le quai bus couvert. Au milieu, un espace piéton agréable. De part et d’autre, la ville. (Oerlikon Nord)

A gauche, les quais bus. A droite, les quais train. Au milieu, un espace couvert cyclo-piéton avec accès au couloir sous-voies (qui abritent stationnement vélo et commerces).

Au-dessus des voies de train, des accès réservés cyclo-piétons (photo 1), de l’autre côté un espace public avec guichets et commerces qui donne accès aux services de transport public urbain (photo 2) et au bout, les quais pour les services tram et bus en sites propres. (Stadelhofen)

A gauche, un quai commun train-bus couvert, au milieu une voirie espace partagé bus-vélo-piéton-voiture, et de l’autre côté à droite, d’autres quais bus abrités et du stationnement vélo. Dans les environs immédiats de l’habitat et des commerces (Esslingen)

D’un côté, quelques services (ex. la poste) et du stationnement vélo, de l’autre quelques commerces, et au milieu les quais bus abrités (Oetwil am see)

Des quais communs train-bus, et au-delà des bus, d’un côté du stationnement voitures et de l’autre du stationnement vélo (Pläffikon)

Ilot central avec des quais bus abrités de part et d’autre, à l’étage de cet ilot se trouvent différents commerces, plus loin sur la droite les quais trains et l’accès aux couloirs sous-voies. Entre les quais train, un espace partagé bus, vélo, piéton et taxis. (Ulster)

Les quais train qui amènent directement à une place publique (espace partagé), à droite stationnement vélo (Jona).

Crédit photographique : http://www.zügig-wle.de/, Roxel bahnhof


[1Ces photographies ont été prises lors d’une visite du RER zurichois (Suisse). Le RER zurichois est composé d’un ensemble de services ferroviaires et de services bus. La zone desservie s’étend bien au-delà de l’agglomération zurichoise pour drainer également les campagnes environnantes, avec l’aménagement de plateformes multimodales.



 
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