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HUMEUR : I <3 Holland ! (Eloge de la quiétude batave)
Pierre Titeux, chroniqueur  •  14 juin 2018  •  Aménagement du territoire  •  Urbanisme

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Quand je suis fatigué de sourire à ces gens qui m’écrasent, quand je suis fatigué de leur dire toujours les mêmes phrases, quand leurs mots volent en éclats, quand il n’y a plus que des murs en face de moi, contrairement au troubadour gascon, je ne vais pas dormir chez la dame de Hotte-Savoie [1] mais me ragaillardir dans une ville des Pays-Bas.

J’imagine aisément les conclusions hâtives et sarcastiques que cette information est susceptible de générer dans des esprits mal placés. Levons dès lors toute ambiguïté : ce qui m’attire là-bas n’est ni le plaisir futile des étreintes tarifées ni l’évasion éphémère des substances psychodysleptiques qui font la réputation du pays. Ce que je cherche et trouve dans les cités d’Outre-Moerdijk ne se monnaie pas et se définit difficilement ; il s’agit d’une forme de bien-être que l’Ardennais pure souche que je suis pensait impossible en milieu urbain.
Amsterdam, Rotterdam, Schiedam, Vlaardingen, Dordrecht, Delft, Amersfoort, Groningen, Deventer, Middelburg, Leeuwarden, Gouda, Volendam… : métropoles ou moyennes agglomérations, quelle que soit leur taille, les villes hollandaises calment, reposent, détendent ; quand les nôtres produisent tension et stress, elles induisent l’apaisement et la quiétude. Il y a (presque) de quoi regretter d’avoir foutu les Orange dehors en 1830 !

Sans tomber dans l’urbanalyse de comptoir, on peut voir dans l’harmonie de ces territoires l’aboutissement d’un principe ayant présidé à leur aménagement : placer l’individu, l’humain utilisateur, au cœur des préoccupations. La ville est voulue et pensée avant tout comme un cadre de vie qu’il importe de rendre aussi agréable que possible.
D’où des piétonniers qui sont plus la règle que l’exception.
D’où des partis-pris architecturaux qui veillent à ne pas enfermer le regard ni écraser le passant.
D’où des voiries où chacun, automobiliste, cycliste ou piéton, dispose d’un espace qui lui réellement réservé.
D’où une multiplication des lieux de convivialité, îlots de verdure ou larges places dédiées aux terrasses et activités diverses.
D’où un espace public qui donne envie de le respecter et échappe ainsi aux incivilités du quotidien.
D’où, au final, une formidable sensation d’espace et le sentiment de « respirer pleinement » tant les pollutions visuelle, sonore et olfactive qui nous oppressent d’ordinaire brillent par leur absence. On se sent bien, tout simplement.

Si je vous raconte cela, ce n’est – malheureusement… – pas pour honorer une juteuse commande du Vereninging voor Vreemdelingenverkeer, l’office néerlandais du tourisme. Ce n’est pas non plus que je sois soudainement mû par une irrépressible envie de vous partager une (fine) tranche de mon intimité. Si j’évoque ce sujet, c’est pour mettre en débat et réflexion une incompréhension qui me taraude chaque fois que je rentre d’une de mes escapades bataves : pourquoi ??? Pourquoi là-bas et pas ici ? Pourquoi sommes-nous incapables de transposer les bonnes pratiques qui, si près de chez nous, changent la ville, changent la vie, changent et enchantent la vie en ville ?

Bien sûr, on ne va pas tout démolir pour repartir d’un terrain vierge. Il faut s’accommoder de ce qui existe mais il doit bien être possible de l’améliorer pour le tirer vers « l’idéal », non ? Vivre dans des villes sales, moches et méchantes n’est pas une fatalité.


[1Introduction inspirée de « La dame de Haute-Savoie », chanson de Francis Cabrel, sortie en 1980 sur l’album « Fragile »



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