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La transition écologique, nouveau laboratoire de l’égalité des genres
Christophe Schoune, Secrétaire général  •  8 mars 2018

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La scène se déroule un soir d’octobre 2017 à Mundo-Bruxelles, cœur opérationnel de nombreuses associations internationales et belges. Pleine à craquer, la salle dénombre en toute grande majorité des femmes. Elles sont pour la plupart jeunes, militantes et enthousiastes. Leur métissage est chevillé à la conviction que le chemin de l’égalité passe par la transition écologique. Où sont les hommes ? « Ils gardent peut-être les enfants », ironise cette participante. « Leur absence est regrettable, car ils sont aussi concernés par ce qui se dit. »

Ce qui se dit, mais aussi ce qui se vit, là-bas, au Sénégal, par exemple. A l’initiative de l’association Quinoa et du « Monde selon les Femmes », Salma et Abiba sont venues répondre à une question simple : « Que signifie être éco-féministe ? » Pour Salma et Abiba, actives au sein l’association Enda Pronat, il s’agit d’engager « le changement dans la gouvernance patriarcale et les solutions à mettre en place face aux conséquences des changements climatiques et de la limitation des ressources ». En stimulant des alternatives agro-écologiques, en revendiquant un accès au foncier pour les femmes, en soutenant l’éducation à la protection des ressources, en innovant dans la gestion participative des budgets, Salma et Abiba témoignent, ce soir-là, de leur détermination sereine. Avec humilité et sans acrimonie vis-à-vis des hommes, elles incarnent une force et un engagement qui suscitent notre admiration.

Comme des milliards d’autres femmes, Salma et Abiba sont les héroïnes de cette Journée internationale des Femmes, ce 8 mars. Partout dans le monde, les femmes, notamment les migrantes, figurent parmi les couches sociales les plus précarisées, les plus vulnérables. Dans le Sud, elles paient un lourd tribut à la raréfaction de l’eau douce, du bois, des terres cultivables, aux violences et trafics qui s’aggravent lors de catastrophes climatiques et des conflits armés très souvent liés à la compétition sur des ressources et minéraux [1]. Les femmes y connaissent un taux de surmortalité cinq fois supérieur à celui des hommes. Le stress et la pression psychologique lors des épisodes climatiques extrêmes combinés à la prise en charge des enfants et des personnes âgées rappellent les situations de guerre.

C’est notamment pour ces raisons qu’il est indispensable de reconnaître les femmes comme actrices majeures de la lutte contre le dérèglement climatique. Mais aussi parce qu’elles innovent sur tous les continents en recourant à des pratiques agricoles soutenables, en créant des chaînes complètes de recyclage des déchets, en mutualisant leurs savoirs et les maigres budgets... « Et pourtant, leurs actions, souvent menées à l’échelle locale, sont peu valorisées et trop rarement financées, constate Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil de l’égalité entre les hommes et les femmes, en France. Actrices méconnues de cette lutte, les femmes sont peu associées aux décisions à l’échelon national comme dans les négociations internationales. Les femmes seront d’autant plus efficaces qu’elles pourront être autonomes et exercer pleinement leurs droits [2]. »

S’il est aisé de pointer du doigt le Sud en évoquant les discriminations accentuées ou engendrées par des facteurs environnementaux, les pays riches ne manquent pas de travail sur ce plan. En Belgique, la question de l’équité et de l’égalité est quasiment absente du mille-feuilles constitué par les programmes environnementaux à l’échelle fédérale et régionale.

« La transition écologique repose sur des changements profonds de pensée et d’attitude, note Claudine Drion, chargée de mission au Monde selon les Femmes. Elle pourrait faire évoluer les mentalités vers une société sans sexisme si l’on prend la peine de s’interroger systématiquement sur la manière de ne pas disqualifier les femmes, mais au contraire de les renforcer, de les rendre visibles, de les soutenir. [3] »

Cette réflexion ne vise pas uniquement les cénacles les plus conservateurs, mais aussi le monde associatif ! En 2016, une recherche menée auprès de 14 organisations actives dans le développement durable, dont Inter-Environnement Wallonie, mettait en lumière la prédominance de certains stéréotypes dans les rôles occupés au sein de ces organisations [4].

« Toutes les associations ne sont pas dans le même cas, pointait l’étude, mais il existe globalement une inégalité de fait entre le nombre d’hommes et de femmes impliqué.e.s dans les assemblées générales et les conseils d’administration, alors même que dans leur ensemble, les équipes de permanent.e.s présentent une composition essentiellement féminine. (…) Seules 15 % des organisations prennent pleinement en compte le genre dans leur réflexion stratégique et leurs missions, sans toutefois le formaliser explicitement. »

Paradoxalement, le plafond de verre n’est pas encore tombé dans ce secteur qui fait figure d’aiguillon. Cette étude, reconnaissent ses auteures, a au moins eu le mérite d’éveiller les associations belges à la conscience d’un enjeu commun avec celui porté par Selma et Abiba. Au Sénégal, les champs les plus fertiles et les plus grandes parcelles sont réservés aux hommes. En Belgique, le système patriarcal des organisations économiques ou sociales réserve encore trop souvent la part du lion aux mâles dominants, malgré les évolutions législatives favorisant la représentation des femmes. De ce point de vue, la transition écologique et ses nouveaux modes de gouvernance horizontaux sont une formidable opportunité, pour l’ensemble des acteurs concernés, d’approfondir l’égalité entre les genres.


[3D’un Monde à l’autre, la société civile, moteur de la transition écologique, p. 44, éditions Couleur Livres.



 
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