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Comment parler du climat ? (Edito du journal POUR)
Noé Lecocq  •  23 novembre 2017  •  Climat / changements climatiques / Effet de serre

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Voici l’édito que nous avons écrit pour le journal POUR « spécial climat », réalisé avec la collaboration d’IEW. Présentation du projet au bas de cet édito.

Dès l’entame du projet de ce journal, un débat est apparu dans l’équipe de rédaction sur la manière d’aborder la question climatique. En particulier, faut-il continuer à laisser croire qu’une limitation du réchauffement global sous les 2°C est encore possible ? L’Accord de Paris, qui réaffirme cet objectif, et va même jusqu’à prôner le maintien sous les 1,5 °C de réchauffement, ne donne-t-il pas une image faussement rassurante avec ces objectifs, s’ils sont inaccessibles ? Si la situation est nettement plus grave, si, pour prendre une image, le diagnostic est celui d’un cancer des poumons, et non d’une simple grippe, ne faut-il pas se résoudre à dire la vérité, dans toute son horreur ? Dans ce cas, quel sens donner encore à notre action, et quels moyens donner à ceux qui reçoivent ce diagnostic pour qu’ils puissent continuer à vivre, à trouver un sens à leur vie ?

Par contre, un dénigrement des objectifs adoptés à la COP21 comporte certains dangers. Même si c’est mal parti, n’est-ce pas aller un pas trop loin que d’affirmer avec certitude qu’on n’a aucune chance de rester sous les 2 °C ? Et plutôt que de se focaliser sur un seuil symbolique de température, l’essentiel n’est-il pas de reconnaître que l’humanité a déjà commencé à devoir faire face aux conséquences du réchauffement ? Que, de manière inévitable, certains bouleversements vont s’amplifier de manière dramatique dans les années qui viennent ? Et que dans ce contexte, l’action climatique doit préparer la société et chercher à amoindrir les impacts ?

Un autre danger est celui de susciter une forme de découragement, voire de défaitisme chez le citoyen. Et parallèlement, un rejet par ce même citoyen du processus politique international sur le climat, sur le mode un peu facile de « à quoi bon ces grandes conférences climatiques ? ». Or si l’insuffisance du processus politique est flagrante, sa construction lente, complexe et laborieuse dans l’enceinte multilatérale des Nations unies n’en reste pas moins plus que jamais nécessaire.

Faut-il donc considérer les objectifs de la COP21 comme un idéal, une utopie qui ne sera vraisemblablement pas (plus) réalisable au cours de ce siècle, mais qui définit une zone sanitaire (relativement) acceptable pour une planète où l’humanité peut vivre ? Très pragmatiquement, ces objectifs, obtenus aussi grâce aux mobilisations citoyennes et militantes, permettent en ce moment même de réclamer aux Etats un renforcement de leur action climatique. Même si l’on ignore le niveau maximal de réchauffement auquel nous arriverons, ce qui permet de limiter la casse est à prendre…

Au final nous sommes d’accord : la question de la prise de conscience de la gravité de la situation reste entière, ainsi que celle de nos incohérences individuelles et collectives, car le savoir ne suffit pas pour changer l’agir. Et même si une certaine humilité amène à dire que le pire n’est jamais certain, nous tenterons dans ce numéro de présenter le plus honnêtement possible le diagnostic et ses conséquences, en reconnaissant qu’au bout du processus, c’est bien sur un questionnement existentiel que l’on retombe.

Noé Lecocq

Vidéo de présentation de ce numéro spécial climat du journal POUR :




 
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